Chapitre Trois - 91  posté le mardi 15 janvier 2008 05:02

 

 Je regardai le collier dans ma paume. Il me le fallait ; je devais l'acheter. J'avais quelques billets en poche, qui me permettraient certainement d'acquérir ce que, de toute évidence, personne d'autre ne souhaitait acheter.

 

 Je me dirigeai vers la caisse et demandai à la dame:

 

 -Combien pour ceci?

 -On ne sait pas lire, jeune fille? Les prix ne sont pas là pour rien, répondit-elle sèchement sans prendre la peine de regarder.

 

 Je n'étais certainement pas du genre à laisser les autres me rire en plein visage ; pour moi, c'était comme si elle m'avait carrément craché dans un oeil.

 

 -Pardonnez-moi, vous avez raison, je suis si stupide! Tellement stupide, même, que je n'arrive toujours pas à voir ce prix! Peut-être pourriez-vous m'aider car, si je ne m'abuse, plus on est vieux, plus on a d'expérience!

 

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Chapitre Trois - 92  posté le mardi 15 janvier 2008 05:29

 

 Cette fois-ci, elle se retourna vers moi avant que j'ai eu le temps de poser le collier sur le comptoir. Elle me l'arracha des mains - mais la corde rugueuse semblait pourvoir résister à toute épreuve - et, ne voyant effectivement aucun prix, ni aucune étiquette, s'écria:

 

 -Et bien c'est simple, sale petite voleuse! Tu l'as arraché!

 

 Évidemment, étais-je bête!

 

 -Mais vous avez parfaitement raison, tenez, regardez, je vous le rends! m'écriai-je à mon tour en faisant semblant de lui tendre une étiquette invisible.

 

 La vieille dame, courroucée, vira au rouge.

 

 -Tu veux jouer à la plus maligne, c'est ça? Très bien! Alors ce sera quinze dollars pour ce collier, sale petite insolente!

 

 Les yeux manquèrent me sortir de la tête. Quinze dollars? Pour un collier dur et froid, fait de métal qui, bien qu'il semblât très ancien, n'avait en réalité aucune valeur?

 

 -Si vous croyez une seule seconde que je vais gaspiller mon argent à cause de la crise de nerf d'une vieille dame hystérique et ménopausée, et bien vous... vous... vous êtes aussi bien d'aller vous acheter une chaise, car vous attendrez longtemps! Et puis... rendez-moi mon collier!

 

 Je n'attendis pas qu'elle s'exécute et le lui repris moi-même. Je me dirigeai vers la sortie lorsqu'une peur soudaine me fit m'arrêter. Était-ce du vol? J'allais avoir ma réponse.

 

 Je franchis la large porte qui me séparait du hall et dévalai les escaliers jusqu'à la sortie du centre commercial, entendant derrière moi les cris de la vieille hystérique. Mais aucune alarme.

 

*        *

* 

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Chapitre Quatre - 93  posté le vendredi 18 janvier 2008 02:49

 

 

 Chapitre Quatre

 

Le campement

 

 

 Ils étaient cinq hommes. Ou plutôt, quatre hommes et une femme. Cette femme était d'ailleurs la raison de leur arrêt ; Rose s'était foulée la cheville en tombant de cheval. N'ayant aucun médecin présent sur les lieux, ils avaient convenu d'établir leur campement ici, au moins pour le reste de la semaine. En restant sans bouger, Rose se remettrait sur pieds en quelques jours, et ils pourraient reprendre leur chemin vers le village.

 

 Tout près, il y avait un lac rempli de poissons, et plusieurs arbres dont ils pourraient arracher les branches pour faire un feu. Comme, dès le départ, ils savaient que leur voyage serait long, ils avaient tous les vêtements et couvertures nécéssaires pour ne pas geler la nuit.

 

 Il ne restait qu'à espérer qu'aucun soldat ne passe par ici -ce qui, d'ailleurs, ne devrait pas arriver dans un coin aussi reculé du pays.

 

 

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Chapitre Quatre - 94  posté le vendredi 18 janvier 2008 03:26

 

 Voilà plus de deux semaines qu'ils avaient quitté Fastite. Deux semaines que Nicolas, le plus vieux des hommes, n'avait pu penser à sa femme sans laisser tomber une larme.

 

 Deux semaines que Cameron n'avait pu aller s'empiffrer dans les cuisines du château.

 

 Deux semaines que Liam n'avait plus revu sa belle - et il risquait de ne plus jamais la revoir.

 

 Deux semaines que Rose ne s'était plus faite courtiser par les plus beaux hommes du village.

 

 Mais quelques jours que Christopher se sentait si seul.

 

 Lui qui, depuis sa naissance - il avait vingt-quatre ans- n'avait fait qu'être un chef, il commençait sérieusement à se demander s'il finirait un jour par rencontrer une femme.

 

 C'était d'ailleurs ce qu'il espérait trouver à Heimorta - bien que ce ne fut pas la raison pour laquelles ils s'en allaient tous là-bas.

 

 Mais, en réalité, y avait-il vraiment une raison?

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Chapitre Quatre - 95  posté le vendredi 18 janvier 2008 03:48

 

 C'était la fin août. S'il ne s'était pas trompé dans ses calculs - et il avait prit la peine, chaque matin, de faire un trou dans une couverture pour compter le nombre de jours qui les séparaient de leur départ de Fastite - ils devaient être le vingt-trois.

 

«Et je suis seul depuis exactement le même nombre d'années» pensa-t-il ironiquement.

 

 C'était son tour de garde. Tous ses hommes dormaient. Rose, elle, était toujours éveillée, assise près du feu, sur une grosse buche qu'il avait lui-même coupé, la jambe étendue devant elle.

 

 Il alla s'asseoir à ses côtés. Toujours adolescente, Rose était une jeune femme au visage mi ingrat, mi charmant. Ses yeux louchaient un peu, elle avait un nez un brin trop large, mais un visage magnifique, et de beaux cheveux longs et bruns lui arrivant jusqu'aux seins.

 

 Elle tourna la tête vers lui.

 

 -Vous pouvez aller dormir Christopher. Si quelqu'un approche, je vous réveillerai.

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