Chapitre Cinq - 111  posté le lundi 21 janvier 2008 23:12

 

 Venant du troisième étage, des bruits de pas d'éléphant m'informèrent du réveil d'Isabelle. Elle devait être en train de chercher sa robe de chambre parmi la pile de vêtements par terre. Malheureusrement pour elle, elle cherchait au mauvais endroit ; sa robe de chambre pendouillait sur la rampe d'escalier. Elle la verrait en descendant.

 

 -Alors maman, qu'est-ce que tu cuisines? répétai-je un peu plus fort en m'approchant.

 

 Sans tourner la tête vers moi, elle répondit -ou plutôt, c'est ce que je croyais:

 

 -Abby, tu pourrais nettoyer ça? Je suis occupée, je dois faire cuire les...

 

 Elle ne termina pas sa phrase, comme souvent lorsqu'elle était «occupée». Peut-être pensait-elle, à l'instar d'elle-même, que je ne l'écoutais pas.

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Chapitre Cinq - 112  posté le mardi 22 janvier 2008 03:14

 

 Au même moment, un énorme éléphant déboula les escaliers -façon de parler, évidemment (C'était un éléphant, certes, mais il ne déboulait pas les escaliers)- et vint se placer juste devant moi, vêtu de l'un des vieux pyjamas de maman.

 

 -Maman! s'écria-t-elle, le visage rougit par une «colère terrible». Ma robe de chambre mauve a disparu!

 

 -Tu as regardé dans les escaliers, chérie?demanda ma mère qui, comme toute bonne mère, savait tout.

 

 Au moins, maintenant je savais qu'elle avait toujours des oreilles pour écouter.

 

 -Si! J'ai regardé partout au moins... au moins...

 

 -Cinquante fois? proposai-je en me regardant les ongles.

 -Hum, t'es levée toi? dit-elle en arquant un sourcil.

 

 Message caché: vas voir ailleurs, nous on «discute».

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Chapitre Cinq - 113  posté le mardi 22 janvier 2008 03:21

 

 Tout en s'occupant de la nourriture, ma mère s'adressa à Isabelle.

 

 -Si tu avais réellement regardé dans les escaliers, tu aurais vu que ta robe de chambre traîne sur la rampe depuis au moins une semaine.

 

 Première règle des mamans: lorsqu'on ignore quelque chose, on abuse la réalité.

 

 -Et bien, répondit ma soeur, tout en sagesse, si tu me l'avais dit plus tôt, je n'aurais pas eu besoin de venir te le demander.

 

 Elle huma l'air.

 

 -Au fait, qu'est-ce qu'on mange?

 

 -Des crêpes, ma chérie.

 

 Je grognai de mécontentement en retournant m'enfermer dans ma chambre, tandis que maman et Isabelle se regardaient, l'air de se demander pourquoi j'avais tant de plaisir à imiter les bruits des animaux.

 

*             *

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Chapitre Six - 114  posté le mercredi 23 janvier 2008 23:59

 

Chapitre Six

 

Le lac

 

 Maman ne me regardait jamais dans les yeux. Je m'en rendis compte, le lendemain soir, après une longue et épuisante journée à faire seule le ménage de la maison.

 

 La dernière fois que j'avais levé les yeux vers l'horloge -j'en étais alors rendue à épousseter le dessus des armoires- , il était un peu plus de vingt heures. J'étais maintenant au troisième étage, à replacer sur les divans les coussins jetés par terre par les parents d'Alex durant la nuit.

 Je n'osais même pas penser à ce qui avait pu se passer ici-même, quelques quinze heures plus tôt.

 

 Maman pénétra dans le salon, un miroir de poche et du fard à joue dans chaque main. Elle fit un tour sur elle-même puis s'arrêta pour se repoudrer.

 

 -Comment tu me trouves? me demanda-t-elle

 

 Elle s'était fait belle, ce soir. Maman, papa, Hélène et Samuel s'étaient prévu un souper entre adultes dans un restaurant chic. Nous, les «enfants», passerions la soirée -et certainement le début de la nuit- à la maison: moi à faire le ménage, Isabelle à parler au téléphone et Alex à ourir et fermer la porte du frigo.

 

 -Très belle, comme toujours, répondis-je machinalement, comme pour les deux dernières fois, dans les dix minutes précédentes, qu'elle me l'avait demandé.

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Chapitre Six - 115  posté le jeudi 24 janvier 2008 01:11

 

 

 

 Toute la journée, par intervalles d'environ une demie-heure, maman était venue vérifier si je faisais du bon travail.

 

 C'était lors de sa quatrième -ou cinquième- visite, après le dîner, que j'avais remarqué qu'elle trouvait toujours quelque chose à faire pendant qu'elle me parlait. Replacer un objet, se mettre du vernis à ongle, se jouer dans les cheveux et même se gratter les fesses.

 Et peu importe ce qu'elle faisait, elle ne trouvait jamais le temps de me regarder plus de quelques secondes dans les yeux.

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