Je pris mon assiette, posée sur la table, et allai la mettre dans le lave-vaisselle. Plus ou moins dix minutes s'étaient écoulées depuis mon réveil, et bien que je ne ressente plus l'appel du sommeil, l'ennui me faisait sentir endormie.
Je montai les escaliers menant au salon. Ce fut tout juste en ouvrant la porte que je me rappelai que mon cousin dormait justement dans cette pièce.

Il avait certainement dû débuter la nuit sur le sofa, mais, apparemment, il était tombé, car il était désormais roulé en boule par terre. Cette vision me fit sourire; un souvenir de lui et moi, enfants, couchés dans la même position dans ma chambre me revint en mémoire.
Je me surpris à remarquer tous les détails en lui qui avaient changés. Il était toujours aussi baveux, mais ce n'était certainement pas dû à une mauvaise éducation: c'était dans son caractère, tout comme moi.

Mais l'excitation de l'enfance avait disparue, faisant de lui un bel adolescent tout plein de charme, qui ne devait pas manquer de prétendantes.
Je n'y avais pas pensé. Avait-il une petite amie? Un garçon comme lui, la réponse me sautait en plein visage. Mais, après tout... moi non plus, je n'étais pas si laide, et pourtant; je n'avais jamais eu de petit copain, seulement de très bons amis d'enfance avec lesquels rien d'autre qu'une grande amitié n'est envisageable.

Mais moi, j'étais un cas. Alexandre devait attirer les filles comme le miel attire les abeilles. Je ne pus m'empêcher de sentir monter en moi une vague de jalousie, moi qui n'avait jamais connu l'amour.