31  posté le lundi 08 octobre 2007 21:43

 

La première des choses qui me vint à l’esprit fut : Hey bien, comme on grandit en sept ans ! Puis ensuite, je commençai ma petite inspection.

 

Nos pères étant jumeaux, je retrouvai chez lui plusieurs de mes propres traits, bien que je fus incapable de dire lesquels. Il avait les cheveux courts, des yeux bleu-océan, et, comme je l’avais imaginé, était presque aussi grand que son père.

 

 Il leva les yeux vers moi et, toute timide, je regardai ailleurs. Qui aurait cru qu’une balançoire vieille de dix ans puisse être si intéressante ! Tellement, en fait, que je ne vis pas arriver le boulet de canon qui fonça droit sur moi.

 

 

-Abby ! Oh, ma belle Bee, comme tu as grandis ! Et bien, dis donc, qu’elle jolie jeune fille tu es devenue ! Aussi belle que ta mère ! Alors, tu as certainement un petit copain ? Mais quelle question, une beauté comme toi, la réponse est évidente !

»Oh, si ce n’est pas Isabelle ! Dis moi, depuis quand tes cheveux frisent-ils autant ?...

 

Quel moulin à parole ! Heureusement pour moi –pour cette fois-ci du moins, cela fit mon affaire-, ma sœur attirait beaucoup plus l’attention. J’estimai avoir la paix pour quelques dizaines de minutes encore.

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32  posté le lundi 08 octobre 2007 21:47

Je me tournai vers mon oncle Samuel, la copie conforme de mon propre père. Il était très beau, avec des cheveux bruns comme ceux que je voyais tous les jours, et des yeux où l’on se perdait facilement. Inconsciemment, car ils ne s’était ni vus ni parlé depuis plusieurs années, lui et papa étaient toujours identiques. Je n’aurais pas été surprise de retrouver chez eux les mêmes manies, les mêmes manières de faire. Après tout, ils étaient jumeaux !

 

 

Une voix suraiguë et excitée me sortit de mon analyse :

  

-Oh, je meurs de faim ! Qu’as-tu préparé pour dîner, Christine ?

 

Aller manger ? Excellente idée, que mon ventre s’empressa d’approuver en émettant un bruyant borborygme. Isabelle le rappela à l’ordre en lui envoyant un puissant coup de coude dont la force me surprit moi-même et me coupa le souffle.

 

 

-Oups ! s’excusa-t-elle d’une voix qui me fit légèrement douter de sa sincérité.

 

-Mmphm… je vais t’en faire, moi, des oups.

 

* * *

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33  posté le dimanche 04 novembre 2007 21:07

 

Le Mc Donald de Lévis m’avait paru tout à fait convenable pour un souper en famille. Mais après tout, j’avais si faim que les poubelles du resto auraient sans doute pu me paraître intéressantes aussi. Mais, à mon grand désespoir, un fast food international ne faisait pas le poids contre un bon vieux Normandin.

 

 Les parkings étaient pleins, aussi fut-on obligés de trouver place dans le bar de l’autre côté de la rue. L’air était frisquet pour une fin d’août, et je regrettai d’avoir mis une camisole. La nuit tombait de plus en plus de bonne heure, et il semblait être déjà neuf heures du soir –et il fallait bien l’avouer, il allait bientôt l’être.

 

 La file d’attente à l’entrée me fit désespérer. Un coup d’œil aux personnes devant nous me fit comprendre qu’eux-mêmes devaient être là depuis une bonne dizaine de minutes. Merveilleuse soirée en perspective. Mais j’avais pensé à tout ; mon Ipod était dans la poche de mon jean. Je le sortis et mis les écouteurs dans mes oreilles en récitant mentalement de mémoire : Music / Artists / The Killers / Sam’s Town / For Reasons Unknown.

 

 

Durant toute l’année, j’avais différentes périodes durant lesquelles j’aimais tel ou tel groupe plus qu’un autre. Bien sur, j’étais une grande fan de The Killers depuis leur premier album –j’avais leurs CD en deux exemplaires chacun-, mais cette semaine, j’avais fait passer le nombre de fois que j’avais écouté cette chanson de 188 à 232. Quoi dire d’autre pour prouver à quel point je n’avais rien à faire de mes journées ? 

 

I pack my case. I check my face.
I look a little bit older.
I look a little bit colder.
With one deep breath, and one big step, I move a little bit closer.
I move a little bit closer.
For reasons unknown.

 

_For Reasons Unknown_

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34  posté le dimanche 04 novembre 2007 21:25

 

-T’aimes The Killers ? demanda une voix que je ne connaissais pas, près de mon oreille. 

 

Je me retournai vivement, peu habituée à ce que les gens s’intéressent à moi. C’était Alexandre, qui me fixait de ses grands yeux bleus. Intimidée, je regardai ailleurs en répondant : 

 

 -Une vrai fan, oui. 

 

-Je peux voir ce que tu as d’autres ? 

 

 Ma première réaction aurait pu être de répondre non –et en fait, c’est ce que j’allais dire-, mais il aurait gardé longtemps en mémoire cette mauvaise première impression.

 

J’enlevai mes écouteurs de mes oreilles et les lui tendit, en même temps que mon Ipod. Ses yeux me dirent «merci», puis il les reporta sur l’écran tandis que je regardais par-dessus son épaule.

 

Music / Songs. Il faisait défiler les chansons lentement, regardant titres par titres. Cent-trente, ce n’était pourtant pas beaucoup, surtout si on savait que j’avais le double de photos, mais cela lui prit au moins cinq bonnes minutes pour qu’il les lise en entier. Et il les énumérait à mesure.

 

 -Green Day, U2, Coldplay, My Chemical Romance…, récita-t-il. Pas trop mal. 

Puis, après un instant de réflexion :

 

-Enfin… disons que j’ai déjà vu pire.

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35  posté le dimanche 04 novembre 2007 21:38

 

À croire que j’avais de si mauvais goûts musicaux ! C’était sans doute le cas d’ailleurs, mais je n’aimais pas qu’on me le dise.

 

-Si t’aimes pas, t’as qu’à me le redonner ! boudai-je en tentant de lui reprendre mon Ipod des mains.

 

Il s’esquiva en continuant à lire.

 

-Young Folks ? Comment tu fais pour aimer ça ! Ils font que siffler !

 

-Faux, ils chantent aussi !

 

«Respect our family». Je l’avais bien loin, la famille. J’adorais Young Folks, ma meilleure raison étant que je m’imaginais toujours que c’étaient Maxime et moi qui chantions -ce qui était une EXCELLENTE raison, évidemment.

 

 

-Franz Ferdinand, The Dandy Warhols, les White Stripes, The Verve… Il roula des yeux effarés vers moi. 

-The Verve ? s’indigna-t-il.

 

-Une chanson, juste une !  Et… je ne l’écoute jamais, de toutes façon.

 

J’avais eu besoin de me justifier. Pourquoi ? Alexandre me faisait l’effet de savoir plus de choses sur la vie, d’être plus intelligent. Je détestais sa manière de paraître supérieur tout en se faisant aimer de tout le monde. Ça m’agaçait.

 

-Billy Talent, Sam Roberts, Rooney, Plain White T’s… C’est bon, j’ai à peu près tout vu, j’crois. Tiens, j’te le redonne.

 

 

Je le lui arrachai pratiquement des mains, refoulant l’envie de le griffer.

 

-Et toi, si tu as de si bons goûts musicaux, pourquoi tu n’as rien pour écouter de musique ?

 

-Oh, je vois, Madame veut se moquer de moi comme je l’ai fait avec elle, c’est ça ?

 

 

-Non, Madame veut savoir ce que Môsieur écoute de si spécial pour rire des autres comme ça.

 

-J’écoute de la musique, point barre.

 

-…Mais encore ?

 

-On s’en fiche de ce que j’écoute. Allez avance, faut aller à notre table.

 

* * *

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